Ceux qui s’expatrient vivent une aventure extraordinaire, ils saisissent l’occasion ou se créent l’opportunité de découvrir le monde, de connaître d’autres cultures et d’autres manières de fonctionner, d’éprouver aussi de quel bois ils sont faits face à l’inconnu et l’altérité. Le voyage est exaltant, mais parfois périlleux : il faut quitter la terre d’origine, la mère patrie, la mère et le père. Il y a toujours un moment où les repères qui s’éloignent laissent dans la bouche un goût amer. Ce sentiment d’ordinaire passager peut s’installer ici durablement : la nostalgie du pays, de la famille, des amis.
Identité
Partir à l’étranger, pour y vivre, s’y installer, pour travailler, c’est probablement l’une des expériences les plus enthousiasmantes et passionnantes que l’on puisse entreprendre. Les conditions sont diverses, une mutation professionnelle, une création d’entreprise, un regroupement familial, seul ou à plusieurs, dans le confort ou contraint par un budget serré. Les motivations sont multiples, souvent un travail, parfois un rêve, toujours un projet considérable. Les attentes sont ainsi à la mesure de l’énergie déployée pour y parvenir, et, à l’excitation débordante de l’installation succède une longue période d’adaptation, de réajustement et de changements qui touche directement au cœur du sujet : son identité.
Tout ce qui semblait acquis est remis en cause : la langue, les habitudes, les coutumes, l’apparence, les relations sociales, l’humour, la nourriture, la culture dans son ensemble. On s’accroche d’abord à ce que l’on reconnaît, puis on s’efforce d’apprendre ce qui diffère, pour finalement trouver dans cet écart permanent la possibilité d’exister de manière unifiée. Cet équilibre instable induit le risque de s’enfermer dans les clichés et de plus être autre chose qu’une exotique mais lassante combinaison artificielle.

L’exposition à d’autres cultures agit différemment selon le réglage très personnel des curseurs de rigidité et de curiosité. Là aussi, les exemples sont contrastés.
Je donne d’abord le cas d’un chef de projet pour un grand groupe de travaux publics, délocalisé pour une mission en Chine, qui rentre en France après deux ans sans connaître le moindre mot de mandarin, qui n’a absolument rien visité en dehors de son chantier, qui s’en est tenu à ne fréquenter que le réseau local des autres expatriés et s’est exclusivement nourri de steak-frites, pizza et burgers proposés par les enseignes internationales.
Je donne ensuite le cas d’un agent du ministère des Affaires étrangères posté pour trois ans à l’institut français dans un pays d’Afrique de l’Ouest, qui se plonge dans la culture locale, qui traverse le pays dans tous les sens pendant son temps libre, qui prolonge au maximum son affectation et qui hésite à quitter le ministère pour s’installer définitivement sur place, qui ne veut plus rentrer en France.
L’un et l’autre sont excessifs, le premier rentre en France comme il est parti, indifférent aux deux années passées à l’étranger. Le second ne rentre peut-être pas, complètement différent, complètement changé. L’expérience commune se situe bien sûr entre les deux, et ce que ces exemples montrent, c’est l’inévitable ligne de fissure qui se dessine entre ce que l’on était et ce que l’on devient.
Qui l’on était, qui l’on devient ? Surtout cette incertitude soulignée à tous les moments de l’expatriation : qui l’on est ? À cette interrogation, l’expatrié échappe difficilement tant elle s’impose, dans les choix quotidiens, dans les relations avec les autres, dans les plaisirs comme dans les difficultés.
La question est constante, et elle se pose dès le départ : à l’aéroport, le voyage commence à peine qu’il faut déjà justifier son identité, la prouver au passage de la douane, la décliner tout en indiquant ses intentions lorsque l’on entre en territoire étranger. C’est paradoxalement à ce moment que, du point de vue du lieu, on devient effectivement l’étranger. Cette réalisation qui n’est pas encore rendue consciente infuse pendant quelques jours, quelques semaines, quelques mois, avant de s’intégrer à l’image de soi.

Intégration
C’est le deuxième enjeu, et la tâche est parfois immense : se repérer dans l’espace, une langue à apprendre, des démarches administratives, le fonctionnement des services, les codes sociaux, les références culturelles, les droits et les devoirs, les interdits, les aliments et la cuisine. Seul, il faut affronter l’isolement et la peur d’aller vers l’inconnu. En couple, en famille, il faut lutter contre la tentation confortable de se replier sur ce que l’on connaît, de rester entre soi.
Malgré la fatigue qu’une telle dépense d’énergie provoque, il faut s’adapter assez vite à un nouveau mode de vie, comme prendre part à une danse dont on ne connaît pas encore les mouvements. À ce stade, la curiosité motive à aller vers les autres.
Lorsque le projet d’expatriation est défini, que la mission est encadrée, le sujet se place plus facilement dans le rythme de l’expérience et parvient à se situer de manière plus confiante.
Lorsque le projet est incertain, en construction, dépendant de nombreux aléas, qu’il est vécu en accompagnement (dans le cas d’un couple), l’image de soi souffre d’une constante instabilité, d’une remise en cause permanente, d’une grande difficulté à se représenter un objectif stable et rassurant. Une personnalité antérieurement marquée par le doute et la fragilité peut ici perdre le ciment de ses représentations et s’effriter au contact de l’ailleurs, au risque de perdre toute substance et de se diluer dans l’expérience, ou, au contraire, sceller ses défenses dans un rejet systématique de l’autre, dans une carapace refoulante et exclusive qui porte seule les espoirs d’un retour possible à un monde familier et idéalisé.

C’est forcément en s’intégrant que l’expatrié trouve le meilleur moyen d’incorporer l’étendue de ses nouvelles expériences. Il prend désormais une place nouvelle qui s’étend et se dessine au fur et à mesure de ses interactions avec son environnement, et cette place lui renvoie l’image de lui-même, en mouvement et en devenir, mais centrée ici et maintenant.
Réintégration
C’est la troisième étape, le retour du pays d’accueil vers le pays d’origine. On l’imagine un peu trop simplement comme une reprise, mais voilà bien l’ironie des expériences d’expatriation : elles nous rendent définitivement différents ! Étranger lorsque l’on arrive dans un nouveau pays, étranger lorsque l’on rentre dans son pays. En effet, celui qui revient au bercail n’est plus tout à fait au courant des nouvelles de la maison, des plus récentes dynamiques, de la mode du jour, et ses nouvelles attitudes paraissent bien originales, curieuses, étranges. Celles qui retrouve ses parents et ses amis d’enfance n’est plus vraiment en phase avec des habitudes qui ne sont plus pour elle que des souvenirs, des rituels nostalgiques d’un temps passé. On ne retrouve jamais exactement ce que l’on a quitté, et l’on craint un peu de donner à voir ce que l’on est devenu ; c’est le syndrome d’Ulysse qui ne peut enfin reposer les pieds sur le sol d’Ithaque que déguisé en mendiant.
La psychanalyse, un espace de soutien pour les expatriés
Les symptômes sont très variés : agitation ou, au contraire, apathie. Tristesse constante, baisse de l’estime de soi, insécurité dans les relations avec les autres, sentiment de vulnérabilité, angoisse permanente, peur d’un environnement perçu comme menaçant, dangereux, ou bien colère, agressivité accrue, intolérance.
Comme toujours, des problèmes de santé physique peuvent indiquer un déséquilibre psychique : fatigue chronique, sommeil troublé, migraines, nausées, étourdissements, difficultés respiratoires, etc.

Le cabinet psychanalytique propose un espace pour se pencher sur les émotions liées à l’expatriation, pour comprendre les dynamiques internes et mettre en lumière les conflits inconscients. C’est un point de stabilité dans un environnement souvent perçu comme instable. Les séances régulières fournissent un cadre sécurisant et les expatriés peuvent y exprimer librement leurs préoccupations et leurs espoirs. Ce soutien continu est particulièrement précieux lorsque les réseaux sociaux et familiaux sont éloignés.
Les séances permettent de mieux gérer les défis du choc culturel, la perte des repères, la difficulté à s’intégrer et le sentiment d’isolement. Le dialogue avec l’analyste inaugure un soutien précieux pour apprendre à naviguer dans une nouvelle culture tout en conservant son identité propre. C’est aussi un outil efficace pour faire face aux défis personnels, aux pressions professionnelles et aux attentes élevées qui peuvent générer un stress important.
Il s’agit d’intégrer avantageusement les nouvelles expériences pour trouver un équilibre entre culture d’origine et culture d’accueil. En comprenant mieux les mécanismes de défense mis en place face à la nouveauté, on peut envisager des stratégies d’adaptation plus saines. Les expatriés peuvent développer une plus grande confiance en eux et une capacité accrue à faire face aux difficultés, une meilleure connaissance de soi.
La psychanalyse ouvre également à une recherche de sens, un questionnement sur soi, un développement personnel qui permet d’envisager de manière plus claire et plus sereine tous les projets à venir, qu’ils soient en France ou ailleurs !
Ma solution à distance
Ayant vécu de nombreuses années à l’étranger (Maroc, Canada, Royaume-Uni), je suis particulièrement sensible aux difficultés que peuvent rencontrer les expatriés. J’ai à cœur d’aider au mieux celles et ceux qui me sollicitent, de les accompagner le temps d’un blocage passager ou pendant une plus longue période lorsque la situation empêche de fonctionner et que la tristesse ou l’angoisse prennent toute la place.
Je propose des séances à distance, par visio : vous n’avez besoin que d’une bonne connexion, d’un téléphone, d’une tablette ou d’un ordinateur équipé d’une caméra, et d’un espace au calme.

Dans le cadre de l’écran, vous me retrouverez au moins une fois par semaine pour un rendez-vous depuis mon cabinet situé à Antibes. Cette expérience est similaire à la cure en présence, les mécanismes fonctionnent de la même manière. Depuis chez vous, sur votre propre divan ou dans un fauteuil, jusque chez moi, nous réduirons momentanément la distance pour que cette séance soit la vôtre.
Je suis toujours très heureux de vous recevoir également en présence lorsque vous revenez en France pour des vacances ou des besoins ponctuels.
Comme en présence, les séances durent 50 minutes pour un tarif moyen de 60 euros. Pour celles et ceux qui hésitent ou qui sont pris par le temps, je mets à disposition une formule spéciale visio : 30 minutes / 30 euros.
Dans la mesure du possible, je m’adapte bien sûr au décalage horaire pour que vous puissiez bénéficier d’un rendez-vous entre 08h00 et 22h00 chez vous.
N’hésitez pas à me contacter si vous le souhaitez, pour plus d’informations.