Lorsque l’on envisage de choisir son analyste, la question de se laisser porter par un courant plutôt qu’un autre suscite souvent de grandes interrogations métaphysiques. Freud, Jung, Lacan ? Lequel choisir ? Pourquoi choisir ? Faut-il choisir ?
Livré à soi dans la semi-obscurité de l’isoloir, les bulletins sont identiques, seul le nom change et l’instant du vote a sonné. Chargée d’espoirs et d’engagements, l’enveloppe que l’on va glisser dans l’urne représente peut-être la possibilité d’un avenir différent. Peut-on s’en remettre aux avis des uns et des autres, regretter de n’avoir pas examiné plus en détail les programmes proposés, laisser faire le hasard, n’écouter que son intuition ?
Les trois principales mouvances, les grands classiques
Freud, c’est l’inventeur incontournable de la psychanalyse, la référence : libido, pulsions, l’œdipe, les deux topiques, les trois instances, les trois points de vue. Surtout, la reconnaissance de l’inconscient qui nous détermine et l’interprétation des rêves pour y accéder.

Jung, c’est l’extension de la libido à autre chose qu’une énergie fondamentalement liée à la sexualité, l’ouverture de l’inconscient au collectif, et l’idée qu’on peut envisager la psychanalyse comme un chemin vers la pleine réalisation de soi.

Lacan, c’est le grand relecteur de Freud, le signifiant révélé dans et par le langage plus que tout autre chose, le rapport à l’objet, les trois registres de l’expérience analytique organisés entre le réel, le symbolique et l’imaginaire.

La psychanalyse n’est plus tout à fait jeune, mais encore prise dans une sorte d’adolescence tardive, dans l’irrésistible besoin de s’identifier pour ou contre ses parents, encore en pleine construction de sa personnalité.
À mettre en perspective
Pourtant, on découvre bien vite que ces parents-là sont déjà des arrière-grands-parents et que leurs contradictions, les sécessions, les excommunications et les guerres de chapelle qui ont alimenté l’histoire de la discipline ne sont plus qu’anecdotiques à l’aune de la clinique quotidienne. À l’image de la fameuse séparation entre Sigmund et Carl Gustav, des tensions théoriques cultivées entre l’héritière Anna Freud et l’originale Melanie Klein, les dissensions font surtout avancer le débat en contribuant à la richesse de la pensée psychanalytique. Depuis, beaucoup d’autres ont suivi et celles et ceux d’aujourd’hui continuent à enrichir notre connaissance et notre compréhension de l’inconscient.
Si les écoles traditionnelles demeurent, les pratiques évoluent heureusement. C’est que la société, le monde évoluent eux aussi, et il parait contre-productif d’envisager la moindre théorie psychanalytique comme un dogme immuable et exclusif. Je favorise plutôt l’ouverture intellectuelle et une posture inspirée par la pratique où ce qui compte avant tout, c’est ce qui fonctionne et qui induit une réelle amélioration de l’état des analysants. Il faut rester libre d’aller se servir dans la boîte à outils : concepts, systèmes, critiques, hypothèses…
Alors, les résultats du vote ?
Comme souvent en psychanalyse, la subjectivité prime. C’est ce qui agit finalement à l’heure de faire un choix, de s’engager dans une analyse, rien d’autre que votre subjectivité. Cet analyste-là plutôt qu’un autre ? Suivez vos impressions : des goûts et des couleurs, personne ne vous demande de vous en justifier.